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Jeunes gais et VIH/sida


Depuis quelques années, nous sommes témoins de changements importants dans la proportion et l’âge de séroconversion dans différentes populations. L’âge moyen de séroconversion a chuté d’un peu plus de cinq ans, soit de 29,6 de 1975 à 1984 à 24,5 de 1985 à 1990.

Il est difficile de déterminer l'incidence exacte de l'épidémie sur les jeunes gais. Les différentes modalités de déclaration des cas d'infection à VIH adoptées par les provinces et la référance à des statistiques incomplètes en matière de cas de sida entraînent la sous-estimation du nombre de jeunes gais atteints par le VIH-sida.

Au moment même où ils apprennent à assumer leur identité sexuelle, les jeunes gais sont particulièrement touchés par l'homophobie, l'ostracisme et la perception que l'homosexualité est synonyme de sida, de solitude et de rejet de la part de la famille et des amis. Par le passé, les jeunes gais ne participaient pas activement à l'élaboration et à la mise en oeuvre des programmes de prévention à leur intention. Cependant, la situation s'améliore avec la multiplication de consultations communautaires, les groupes de discussion et les projets comme « Ça va barder! Habiliter les jeunes à combattre le VIH-sida » de la Société canadienne du sida.

Compte tenu de la situation actuelle, il est important de s’interroger sur certaines grandes questions : Pourquoi les taux de séroconversion sont-ils si élevés dans une population qui a grandi à l’ère du sida? Les programmes et les campagnes de prévention sont-ils adaptés aux besoins de ces jeunes? Les jeunes gais participent-ils à l’élaboration des programmes afin d’en assurer la pertinence? Où les jeunes gais peuvent-ils se renseigner adéquatement sur le sécurisexe et le VIH-sida? Le counselling par les pairs est-il une solution valable? Les problèmes des jeunes gais en milieu urbain sont-ils différents de ceux des jeunes gais en milieu rural?

Qui sont-ils?

Les jeunes gais proviennent de tous les milieux. Certains étudient, d'autres ont décroché ou travaillent. Certains vivent dans la rue ou sont pris en charge. Certains assument pleinement leur identité sexuelle tandis que d'autres la vivent mal. Bien que certains soient en bien avec la communauté gaie, la plupart des jeunes gais sont isolés, affectivement et psychologiquement des services gaies, lesbiennes et bisexuelles. Les jeunes gais sont le reflet de la mosaïque canadienne.

Vivre ouvertement

La divulgation publique de l'identité sexuelle est un moment crucial dans la croissance personnelle des gais et des lesbiennes. Les gais sortent de l'ombre et façonnent leur identité sexuelle à un plus jeune âge que jamais. Pour de nombreux jeunes gais, l'école secondaire est un milieu très hostile, caractérisé par la violence homophobe et le dégoût de soi. La famille et la collectivité ne leur offrent pas beaucoup de soutien et ils se sentent isolés. Lorsqu'il est prêt à vivre ouvertement sa sexualité, le jeune gai est peut-être en manque si criant d'approbation que la sécurité et la santé sexuelles deviennent le dernier de ses soucis. Plusieurs jeunes hommes gais rapportent que le besoin d’entrer en contact avec d’autres hommes gais juste après leur «sortie du placard» (coming out) était la priorité la plus importante dans leur vie surpassant même toutes les autres. C'est durant cette période que plusieurs d'entre eux se sont adonnés à des activités à risque.

Qu’est-ce qui cause la séroconversion chez les jeunes gais?
  • De nombreux jeunes gais souffrent d’un manque de soutien et d’estime de soi qui compromet leur capacité d’insister sur le sécurisexe, voire d’en parler ouvertement avec leurs partenaires sexuels.
  • On retrouve des jeunes gais dans tous les milieux, mais on ne retrouve pas les services, les ressources et le soutien dont ils sont besoin.
  • Les programmes d’éducation sur le sida en milieu scolaire traitent rarement de l’homosexualité de manière positive.
  • Les jeunes gais ont les mêmes problèmes que tous les jeunes. Ils tentent de se définir et de se faire respecter par leur entourage.
  • Les jeunes peuvent se sentir invincibles, au moins dans une certaine mesure; ils ne peuvent pas voir les conséquences à long terme de leurs comportements.
  • Les jeunes en bonne santé qui deviennent séropositifs peuvent vivre jusqu’à dix ans sans problèmes de santé. S’ils sont traités à l’apparition d’infections opportunistes et s’ils ont accès aux nouveaux médicaments anti-VIH, cette période de santé relative peut atteindre 20 ans. Pour une jeune personne, vingt ans, c’est une éternité.
  • Plusieurs jeunes gais croient que l’infection à VIH est une maladie de «vieux» et qu’ils ne risquent pas d’étre exposés s’ils choisissent leurs partenaires sexuels parmi les jeunes de leur âge.
  • Plusieurs jeunes de la rue ont d’autres priorités que le VIH : ils doivent avant tout trouver un abri, de la nourriture et de l’argent. Certains sont contraints de compter sur les relations sexuelles pour subvenir à leurs besoins.
  • Dans de nombreuses villes, les bars sont des lieux de rencontres privilégiés de la communauté gais. Le cas échéant, les gais qui sont trop jeunes pour fréquenter les bars ont peu d’espoir de rencontrer d’autres jeunes gais.
  • Plusieurs jeunes gais sont plus préoccupés par les questions entourant leur sexualité que par la prévention du VIH.
  • Le manque de contact entre les jeunes et les adultes de la communauté gaie peut contribuer à l’isolement des jeunes à leur manque d’estime de soi et à une incapacité de faire des choix judicieux.
  • Les jeunes ont de la difficulté à se procurer des condoms (pas disponibles à l'école ou trop chers).
  • Les jeunes reçoivent de l'information contradictoire sur les risques associés à certaines activités.
    Il y a une pénurie de services, y compris de programmes d'éducation préventive, adaptés à leurs besoins.
  • Les jeunes qui font partie d'un couple dont un partenaire est séropositif et l'autre, séronégatif courent un plus grand risque d'infection à VIH.

Où les jeunes gais peuvent-ils aller pour se renseigner?
  • Auprès d'organismes de lutte contre le sida, d'organismes de gais et de lesbiennes, d'organismes de services à la jeunesse, de cliniques de santé sexuelle, de CLSC, et d'infirmières et infirmiers en santé publique.
  • L’information sur le sécurisexe et le soutien est souvent le besoin le plus urgent des jeunes gais qui vivent dans l’isolement ou qui habitent en milieu rural. Les services dont ils ont besoin sont souvent inexistants dans leurs communautés. Les organismes de services à la jeunesse, les organismes locaux de gais et de lesbiennes et les organismes communautaires de lutte contre le sida, lorsqu’ils existent, peuvent être de bonnes sources d’information. Ces différents types d’organismes sont plus susceptibles de fournir des services approriés aux jeunes gais et lesbiennes de leur région s’ils déterminent leurs besoins avec eux. Il est important que ces organismes ciblent les jeunes gais.
  • Les lignes téléphoniques de soutien peuvent jouer un rôle très important dans la vie des jeunes gais isolés. L’anonymat qu’offre le téléphone, jumelé à l’aide disponible, représente un soutien précieux pour les jeunes qui tentent d’assumer leur sexualité et de se protéger contre l’infection à VIH et d’autres MTS. Il est important que ces services fassent l’objet d’une publicité à grande échelle.
  • Il est important de reconnaître la peur de la divulgation que ressentent les jeunes des milieux ruraux et des plus petites communautés. Dans certains cas, les membres d’une petite communauté peuvent empoisonner la vie d’un jeune gai dont ils connaissent l’orientation sexuelle. Les problèmes liés à l’accessibilité des tests, du counselling et de l’information sur le sida peuvent exiger des déplacements coûteux et des absences non motivées du foyer. Les organismes doivent être conscients de ces problèmes et tenter de les résources.

Comment peut-on rejoindre les jeunes gais?
  • Les organismes de services à la jeunesse ne doivent jamais tenir pour acquis que leurs clients sont hétérosexuels et doivent donner aux jeunes l’occasion de parler de leur sexualité dans un milieu sûr. Ces organismes peuvent annoncer leurs services un peu partout et souligner qu’ils offrent un milieu solidaire aux gais.
  • Plusieurs organismes de service à la jeunesse entretiennent des relations de confiance avec les jeunes. Les organismes de lutte anti-sida et les responsables des programmes de prévention peuvent tirer parti de ces relations et mener leurs activités en collaboration avec les organismes de services à la jeunesse.
  • Les organismes doivent insister sur la participation des jeunes gais à l’élaboration et à la prestation des programmes d’éducation préventive qui leur sont destinés. Ces jeunes savent mieux que quiconque ce que représente la vie d’un jeune homme gai d’aujourd’hui. Afin de favoriser cette participation, les organismes devraient faire valider leurs documents et leurs programmes auprès des jeunes gais avant leur adoption définitive.
  • Les organismes devraient annoncer leurs services et leurs ressources dans le domaine de la sexualité et du VIH-sida le plus largement possible et dans le plus grand nombre possible d’endroits fréquentés par les jeunes. Ils devraient aussi afficher dans ces endroits de l’information sur ces sujets.
  • Les organismes de lutte contre le sida peuvent passer en revue leurs programmes destinés aux hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes afin de s’assurer que ces programmes sont adaptés aux besoins des jeunes.
  • L'éducation préventive axée sur la réduction des méfaits permet aux jeunes s'éveillant à leur sexualité de réduire le nombre de risques qu'ils courent, plutôt que de leur imposer des buts irréalistes comme l'abstinence. La réduction des méfaits est probablement l'approche qui reflète le plus justement la nature des décisions et de la démarche décisionnelle des jeunes. Elle favorise le respect, tant chez l'éducateur que chez le jeune, en tenant pour acquis que les jeunes sont en mesure de faire les bons choix s'ils sont bien renseignés.
  • Il peut être difficile de s'occuper des jeunes gais qui s'apprêtent à vivre ouvertement leur sexualité, car il s'agit d'une population essentiellement invisible. Déclarer son homosexualité à l'école ou à la maison peut entraîner des risques pour les jeunes. Pourtant, il s'agit d'un moment critique pour rejoindre ces jeunes et leur fournir de l'information et des ressources adaptées sur la santé sexuelle. Les écoles et les groupes de jeunes ne doivent pas attendre que les jeunes en fassent la demande, mais s'assurer que l'information soit disponible dans des endroits publics. Les affiches et les guides de poche représentent d'excellents moyens de diffuser cette information.

Le counselling par les pairs est-il une solution valable?
  • Le counselling par les pairs peut représenter un excellent moyen de rejoindre les jeunes gais. Pour plusieurs des raisons susmentionnées, les jeunes ont souvent de la difficulté à traiter avec les adultes. Ils font donc plus confiance à leurs pairs, d’autant plus que ceux-ci sont déjà pour les jeunes une source d’information.
  • Le défi que doivent relever les organismes est de renseigner le mieux possible les pairs conseillers car, biens que ceux-ci puissent contribuer positivement aux programmes d’éducation, ils peuvent aussi devenir une source influente de faux renseignments.
  • Il est important également de reconnaître que certains jeunes préfèrent parler à un expert, qui peut souvent être un adulte. Les gais, les lesbiennes et les bisexuels adultes qui vivent leur sexualité ouvertement peuvent jouer un rôle important comme modèles et comme fournisseurs d’information sur la prévention du VIH.

Santé Canada. Laboratoire de lutte contre la maladie. Actualités en épidémiologie, mai 1998.
Santé Canada. Les expériences des jeunes gais à l'ère du VIH : analyse bibliographique, Santé Canada, 1996.

Santé Canada. Tendances récentes observées dans le cadre de la surveillance du sida, Ottawa, Division de la surveillance du VIH-sida, Laboratoire de lutte contre la maladie, Santé Canada, 1995.

Société canadienne du sida. Ça va barder! Habiliter les jeunes à combattre le VIH-sida, Ottawa, 1996.





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Date: 12/01/1999